Comment se débloquer devant sa toile entamée

Comment se débloquer devant sa toile entamée ?
Est-ce qu’il t’est déjà arrivé de ne pas savoir si ta toile est terminée ou non?
Est-ce qu’il t’est déjà arrivé de sentir qu’il manque un je ne sais quoi à ta toile?
Ou bien encore, as-tu déjà hésité à rajouter ce petit détail de peur de tout gâcher?

Moi oui ! Dernièrement, plutôt 2 fois qu’1 ! J’en profite donc pour te partager les stratégies que j’ai utilisées.

Quand cela arrive, quoi faire ?

Dans ces situations, je vois 2 options :

1re : Demander conseil


Pour beaucoup, cette solution vient généralement en premier. Pourtant, je la trouve risquée. Non, je ne dramatise pas, pas cette fois AHAHA ! Demander conseil peut mettre en péril le processus créatif qui est en train de se réaliser. Voilà donc pourquoi, personnellement, je ne l’utilise qu’en dernier recours.

Il faut véritablement bien choisir les conseillers. Ces élus n’ont pas besoin de comprendre l’art en général ni de le pratiquer d’ailleurs. La question que l’on doit se poser est : est-ce que ces personnes comprennent NOTRE art, NOTRE style ? Est-ce qu’elles connectent avec les intentions derrière nos créations (même s’il n’y a pas d’intention, c’est une intention ;-)). Avons-nous confiance en elles ? Sont-elles bienveillantes ?
Il faut aussi bien choisir le moment de demander ce conseil. Dans quel état est-ce qu’on se sent ? Si l’on est frustré, fatigué, il vaut mieux attendre un autre jour. Notre égo créateur pourrait ne pas s’en remettre. Et il se pourrait que le potentiel chef-d’oeuvre se retrouve au placard, même tailladé … Oui, j’ai déjà vu

!Personnellement, j’attends de me sentir dans un état neutre. Ni trop joyeux, ni trop découragé. Une autre question, à laquelle il faut répondre le plus authentiquement possible : Sommes-nous prêts à entendre véritablement le conseil qui peut nous être apporté ?

Si nous avons bien choisi la personne, si nous sommes dans un état d’âme neutre ; alors ce qui sera dit pourra être utile ou pas, mais n’affectera pas négativement le processus créatif qui est en train de se produire. Peu importe la nature du conseil et notre réaction à celui-ci, il faut garder en tête qui est le créateur. Même les conseilleurs bien intentionnés ont très souvent tendance à faire de projections de ce qu’ils voudraient voir. Ce qui n’est pas forcément ce que l’on veut exprimer, peindre, dessiner … Prenons le temps d’écouter le conseil, de le faire résonner en nous. Est-ce qu’il a du sens pour nous? Ramenons-nous toujours vers notre inspiration initiale, même si l’idée a changé en cours de route, cela reste le fils conducteur. Rappelons Mme Créativité pour qu’elle revienne nous visiter et nous inspirer…

 

2e option : Attendre et être en conversation avec sa création
Je suggère fortement dès le début de la création d’être en conversation avec l’oeuvre / l’expérience. Certains diront, « mais je n’ai rien à entendre » ou encore, « Ah je savais bien qu’elle entendait des voies celle-là !» 😉
Bon plus sérieusement, converser avec son tableau ou son dessin, relève du subtil.

C’est une discussion, une danse en duo.

En me basant sur mon expérience personnelle et celles de mes élèves, je suis convaincue que l’énergie de la créativité ne peut véritablement s’exprimer sans cette approche. Je m’explique, on laisse un premier jet, un premier trait ET on regarde le résultat, puis on continue une séquence après l’autre. Prendre de la distance face aux résultats et face aux intentions préconçues. Au fur et à mesure, c’est prendre le temps d’écouter ce que l’oeuvre a à nous dire, c’est nous laisser guider et la guider, chacun à son tour.

C’est comme lorsque nous rencontrons un(e) ami(e). Nous avons un rendez-vous ensemble. Nous avons une idée globale de ce que nous voulons lui partager et raconter, mais nous n’avons généralement aucune idée de ce que seront ses réactions, ni même des nouveautés qu’il ou elle nous a réservées. Et c’est ainsi que, mot après mot, d’émotion en émotion, nous construisons ensemble un moment partagé. Voilà comment je perçois le processus créatif.
Alors si tu suis ma logique, lorsqu’on se retrouve dans une de ces situations, où l’on ne sait plus quoi faire sur notre oeuvre. Est-ce que notre toile est finie ou pas ? Ce n’est seulement qu’un moment de silence, entre notre création et nous. C’est comme un blanc, « un ange qui passe » comme dit le dicton.

Donc notre toile est devenue silencieuse et nous n’avons plus rien à lui dire. Pour l’instant …

Parce que le processus créatif c’est  rendre l’invisible visible grâce à nos doigts colorés.

 

Et bien, attendons … prenons un moment de recul. La durée de cette pause est variable, en fonction de bien des facteurs, notamment notre disponibilité. Quand je dis « disponibilité », je parle de temps, mais aussi d’énergie. Des fois, nous sommes tout simplement fatigués, nous avons besoin de prendre l’air, de retrouver l’inspiration. Et cet état est normal. Rassures-toi. Cela peut être aussi de commencer autre chose, pour mieux revenir sur ce qui a été entamé auparavant. Personnellement, j’ai l’habitude de travailler sur 3 ou 4 créations en même temps. Cela me permet justement de prendre, ce que j’appelle de « la distance créatrice ». Puis lorsque j’y retourne, les yeux, les mains et le coeur sont plus vigoureux. Le danger est évidemment de ne jamais terminer …

Prendre en photo sa création peut aussi permettre de voir et percevoir sous un autre angle.
En parlant d’angle, j’ai pour habitude de tourner de 90°, régulièrement mes oeuvres pendant que je les crée. Tu peux voir ou revoir ce dont je parle dans cette vidéo. Ainsi je redonne la parole à mes oeuvres, elles me racontent d’autres choses que je n’avais pas vues jusqu’à présent.

Créer c’est partir en voyage dans un pays lointain et être curieux des chocs culturels qui peuvent survenir, c’est une quête vers l’inconnu. Il y a l’intention originale et il y a les imprévus qui viennent colorer les résultats. Accueillir les bras ouverts ce que les oeuvres vont bien vouloir nous donner, c’est laisser notre âme se révéler.

 


 

Tu veux savoir ce qui s’est passé avec les oeuvres concernées. Les 2 créations en question auront nécessité plusieurs mois chacune, c’est assez rare dans mon cas. Surtout depuis que je laisse place à l’intuition et qu’en général quelques heures suffisent à recueillir ce qui doit sortir.

 

La première « Dahlia » :
Tout est parti d’un dessin que j’avais fait spontanément, inspirée des fleurs de magnolia. Je voulais un fond très coloré. J’ai d’ailleurs utilisé des morceaux de mes jolis papiers préférés.

 

 

 

 

Mais une fois, le tout posé, je trouvais que cela faisait trop chargé. J’ai voulu mettre un voile blanc pour calmer le tout.

Mais non, de fils en aiguille, chaque étape que j’ajoutais ne me satisfaisait qu’à moitié ou pas du tout. Le rose était trop rose, les touches de bleu étaient trop visibles .. etc. J’ai mis du temps à retrouver l’équilibre. Jusqu’à ce que je ressorte mon dessin d’origine.

L’essence de mon inspiration et là les choses sont redevenues plus claires. Et pour celle-ci une fois n’est pas coutume, j’ai demandé conseil. En prenant soin de BIEN choisir les conseillères … ;-). Quant au titre, malgré le fait que la fleur d’origine soit d’un magnolia, la toile ne cessait de me dire « Dahlia » … Je ne me suis pas obstinée ;-). 😉

La deuxième : le fond marin, qui n’a pas encore de titre. 😉

Au départ, je voulais faire un dauphin en plein milieu (animal très symbolique pour moi). J’avais commencé par faire un bel aplat* bleu sur l’ensemble de ma surface. Je pars travailler, en laissant sécher le tableau au sol. J’étais tellement contente d’avoir réussi cet aplat, sur un si grand format (36×40 pc / 92×102 cm).

Voilà qu’à mon retour « l’aplat » a fait apparaître des formes étranges. Impossible de les nier, elles sont « énormes » sur le papier … J’étais en état de choc, totalement déconcertée, moi qui étais si satisfaite le matin. J’aurais pu les recouvrir, mais j’ai décidé d’accueillir ce que l’oeuvre venait de m’offrir. J’ai alors pris le temps d’observer minutieusement, chacune de ces formes. Et je me suis aperçue qu’elles ressemblaient étrangement à d’autres animaux marins : 2 raies mantas et 1 méduse. Ce qui est d’autant plus surprenant c’est que si j’avais voulu faire ces animaux, je n’aurais surement pas réussi aussi bien que ce qui est survenu « miraculeusement ». Malheureusement, les détails, les subtilités, les nuances n’apparaissent pas bien en photo, mais c’est assez spectaculaire.
J’ai donc reporté mon rendez-vous avec le dauphin et j’ai accueilli ces 3 invitées imprévues.

 

 

 

 Ce qui est très drôle, c’est que les jours qui avaient précédé cette création, j’avais regardé avec les enfants, le film de Disney « Moana ». C’est comme si l’esprit de grand-mère était venue me faire un petit coucou à moi aussi HAHAH !!! . J’ai donc décidé de luis rendre hommage.

 

La créativité se promène par-ci par-là,

à qui saura lui ouvrir la porte.

 

Et toi as-tu déjà vécu des expériences de ce genre ? Comment as-tu réagi ? Quelles sont les solutions que tu utilises pour répondre à ces questions :
« Est-ce que ma toile est terminée ou non?
Je sens qu’il manque un je ne sais quoi à cette création?
J’ai envie d’ajouter ce petit détail, mais j’ai peur de tout gâcher? »

J’espère que mes anecdotes imprévues t’auront inspiré à accueillir ces moments de doutes, d’incertitudes et d’imprévus à bras ouverts. Ce sont des cadeaux, bien souvent rigolos, parfois invasifs, c’est vrai. Mais qui nous emmènent là où l’on ne serait pas allez sans eux …

Comme d’habitude, si tu as des questions et commentaires suite à cet article, tu peux les inscrire dans l’espace en dessous ou par courriel (edwidge@edemota.com)
Et si tu penses que cet article peut inspirer quelqu’un de ton entourage, partage-lui ta découverte.

 

* l’aplat est une technique qui désigne le fait d’utiliser une seule couleur pour couvrir une surface de façon uniforme sans nuance, ni dégradé, ni forme.

Commentaires

Nicole Montaut

Nicole Montaut a écrit :

J’aime ton approche de l’art ert ta sensibilité
Merci

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